Religions et Histoire
Virginie Lerot, janvier-février 2010


Alfred Dreyfus, Cahiers de l’île du Diable Alfred Dreyfus ou l’homme qui refusa de céder. Lors de son séjour de quatre années à l’île du Diable (bagne de Guyane) où il a été déporté en 1895, le capitaine Dreyfus a écrit un journal, des lettres à son épouse et des cahiers, trente-quatre au total. De ces derniers, il reste quatorze volumes, rédigés entre août 1895 et avril 1899, conservés par Dreyfus et confiés à Joseph Reinach, défenseur de la première heure, historien et ami. Puis ces cahiers furent légués par les héritiers de Reinach à la Bibliothèque nationale de France, qui les conserve toujours. Jamais édités encore, ces quelque cinq cents feuillets sont une sorte de mise à l’écrit des pensées de Dreyfus, seul, isolé, soumis aux plus infects tourments de l’emprisonnement. Tout s’y retrouve, des notes de lectures aux citations de textes chéris, des mathématiques à l’anglais et au dessin, toujours le même, mais avec des variations ‒ fascinante manifestation dont le sens nous échappe. Autant de témoins d’une lutte de l’esprit pour survivre à l’épreuve du bagne et trouver dans la culture une échappatoire à la folie et au désespoir. Cette édition propose le texte intégral des quatorze cahiers ainsi que le facsimilé du cahier 7. Elle propose en outre des textes de spécialistes éclairant cette œuvre qui n’en est pas vraiment une, son sens, son histoire, sa force. Bel exemple du pouvoir des humanités (histoire, philosophie, littérature, morale sont étudiées par le capitaine reclus), si méprisées de nos jours, cette édition remarquable à la présentation raffinée s’adresse aux historiens bien sûr, mais aussi aux lecteurs versés dans la psychologie et les manuscrits d’écrivains, au amateurs de curiosités éditoriales, enfin à tous ceux qui croient que lutter contre l’oubli et la haine raciale est un devoir absolu.